La mascarade a enfin pris fin. Après une campagne aussi grotesque que pathétique, on a enfin le résultat : Macron est sacré Président. « Inattendu ! » s’exclameraient les plus cyniques d’entre vous d’un ton sarcastique. « Le candidat promu par la presse et les sondages a donc gagné ? » Et pour ceux qui ne me croient pas :

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Non, tout est normal, c’est la démocratie ta gueule.

« La démocratie est sauvée ! Hourra ! » hurlaient certains le soir du 7 mai, soulagés que le diable nécessaire ne soit pas à la tête du pays. Comme on les comprends. C’était sans-doutes les mêmes qui hurlaient sur les abstentionnistes, qui les traitaient de fascistes, sans entendre les arguments pro-abstention. D’ailleurs, ce ne sont pas les seuls. On a assisté à deux semaines de tapage médiatique sur la nécessité du barrage républicain, le tout saupoudré d’un lynchage en bonne et due forme de Mélenchon, qui a refusé de donner des consignes de vote. « Le salaud, quel aigri ce bolivarien stalinien ! Refuser de se plier à notre volonté et de rentrer dans le moule pour s’opposer au fascisme ! »

Et comme je suis d’humeur taquine aujourd’hui : Comment appelle-t-on un régime qui veut imposer ses idées coûte que coûte ? Un régime fasciste, oui, voilà, merci.

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Profil Twitter d’un « progressiste et démocrate » qui réfute tout mode de pensée qui ne va pas dans son sens.

(Je ne reviendrais pas sur la polémique de l’abstention, renseignez-vous par vous même.)

Si les journaux télévisés ont été unanimes pendant la campagne, ils l’ont été tout autant à l’annonce des résultats. Selon les différents clowns experts que l’on a vu passer à la télévision, il s’agirait d’une excellente nouvelle.

Alors, je vous entends d’ici : « Quoi, tu aurais préféré que Lepen soit élue ? » me demanderaient certains. « FASCISTE ! » éructeraient d’autres, pauvres malades atteints du syndrome de la Tourette made in BFM.

Non, bien sûr que non. Mais il y a un gouffre entre préférer Lepen à Macron et sauter de joie à l’annonce que ce dernier sera Président. Un gouffre que ne voient pas les « démocrates défenseurs de la liberté d’expression », opposés à tout débat concernant ce sujet.

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Pourtant, ce gouffre a remporté 35% des voix, arrivant devant Lepen. Ce qui fait qu’aucun des deux candidats n’a remporté la majorité des inscrits. Et ça, c’est une énorme faiblesse de ce système de vote ! Pourquoi ne prends-t-on pas en compte, par exemple, les votes blancs ? Cela mettrait fin à l’aberration du « vote utile » que l’on subit depuis des années : si on se retrouve avec deux candidats au second tour qui ne nous plaisent pas, il suffit de voter blanc, et on recommence le tout, jusqu’à trouver un candidat qui représente la majorité ! Cela pousserait les politiques à peaufiner leurs programmes, et les gens à baser leurs vote sur la logique, et non sur la pathos.

Mais j’imagine que ça ne plairait pas à Macron, qui a bien profité de cette faille. Car 43% de ses votants l’ont fait pour « faire barrage« , soit prêt de la moitié. Et la majorité de ce qui reste a voté pour lui pour des raisons aussi insipides que « le renouvellement qu’il représente », « sa personnalité de jeune dynamique », « son apparence ». Donc au final, seuls 16% (environ) de ses électeurs ont voté pour lui pour son programme.

Alors, avec tout ça, les journalistes sont sûrement en train de hurler à l’arnaque présidentielle, non ?

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Un triomphe ! Hourra ! Gloire au Roy Macron !

Bien sûr que non… La majorité d’entre eux s’astique sur les 66.10% de parts de votes, de sa « victoire écrasante« , et seuls les plus critiques d’entre eux s’interrogent sur la représentativité du vote.

Voilà pourquoi je qualifie cette élection de farce et d’arnaque. Parce que la majorité des médias grand publique ont relayé pendant des mois les mêmes histoires sur Macron. On a assisté à un véritable bourrage de crâne, une éloge constante du gaillard, de sa jeunesse, du renouveau qu’il représente, de son soit-disant génie et mérite pour avoir accédé à 39 ans à la présidentielle. Je ne me rappelle pas avoir vu un seul reportage parlant du désastre du pacte de responsabilité dont il est le responsable, du fait qu’il est à l’origine de la loi Elkhomri, ou encore des conséquences de la loi Macron. Non, au lieu de ça, on a eu des insipidités sur sa « fulgurante ascension« ,  sur sa vie privée, sur le fait qu’il serait peut-être gay (pour bien surfer sur la vague « progressiste », alors qu’en fait il ne s’agit que d’un calcul froid pour s’attirer la sympathie d’une partie de l’électorat LGBT)…

Et à coté, évidemment, les médias ont tapé sur Fillon (le candidat qui représentait le plus une menace pour Macron avant Mélenchon) jusqu’à la nausée. Il ne se passait pas un jour sans un scandale sur Fifi. Pourtant je ne suis pas un grand fan de celui-ci, mais l’acharnement dont ils ont fait preuve était scandaleux. Et dès que Mélenchon est monté dans les sondages, on a eu la même chose. Un acharnement constant sur « le Chavez Français », sur son amour pour les dictateurs, et sur l’ALBA qui associeraient la France avec l’Iran et la Russie (pourtant, personne n’a l’air gêné par l’UNESCO).

Alors oui, vous pourrez me dire que je vois des manigances partout, que j’ai l’esprit mal placé, mais dans ce cas expliquez-moi pourquoi à l’étranger, les grands médias considéraient Mélenchon comme un équivalent de Bernie Sanders (regardez cet article de l’Intercept, un des journaux les plus réputés du Monde pour son sérieux et son objectivité), alors qu’en France on le considérait comme une fusion de Staline et Castro ? D’ailleurs, il n’y a qu’à voir l’acharnement dont ils font preuve encore à son sujet, et lorsqu’il se défends, « il ne fait que montrer son véritable visage de haine ».16055932

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Vous reprendrez bien une dose d’objectivité journalistique ?

Au moins, cette élection aura mis en lumière un problème majeur de la société : la consanguinité du trio médias-pouvoir-finance. Il n’y a qu’à constater la complaisance des experts qui passent à la télévision concernant la victoire de Macron :

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« Voilà, vous avez voté comme des gentils toutous, maintenant laissez-nous vous instrumentaliser »

« Voilà, la victoire de Macron est une victoire d’adhésion, ta gueule »

C’est en prévision de ce genre de discours qu’il y a eu une telle ferveur pour l’abstention. Car les gens n’avaient pas d’autres moyens de protester contre le candidat qu’on leur avait imposé. Et malgré tout, on subit depuis le 7 mai le même discours, sans aucune ambiguïté : « Macron a gagné, sa victoire est écrasante, et ceux qui disent le contraire sont des frustrés anti-démocratiques ». Et ceux qui récitent ce discours sont les mêmes qui hurlaient à l’urgence du vote barrage… Vous voyez l’ironie du truc ? Vous saisissez la bêtise du raisonnement ?

En clair : on se fout de notre gueule. On nous prends pour des cons.

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« Si vous ressentez une certaine colère en constatant qu’on vous prends pour des cons, c’est que vous êtes un dangereux extrémiste haineux. »

Ce constat vient du fait que dans le paysage médiatique « standard », le discours est toujours le même. Aucune nuance, aucune critique du système actuel, seulement de la complaisance, de la manipulation d’opinion et du foutage de gueule. Donc, ceux qui ne font pas l’effort de s’informer par eux-mêmes auprès de sources telles que Mediapart et autres (ou basent leur raisonnement sur l’émotionnel et le paraître), c’est à dire une majorité de la population (j’en veux pour preuve le fait que le pic d’audience du débat final de la campagne a été atteint pendant la mi-temps du match de foot Monaco-Juventus) ont de grande chance de se faire grandement influencer par le tapage médiatique.

Alors certains se diront : « peut-être que la majorité du peuple français manque d’esprit critique« . Sans doute, mais si ce problème est lié au système éducatif, on peut au moins essayer de changer le paysage médiatique mainstream afin de donner aux gens un moyen de se faire leurs propres opinions. Car il n’est pas normal qu’une grande partie des grands médias soit contrôlés par des milliardaires. Et il est encore moins normal que des politiques trouvent normal que « les actionnaires définissent la ligne éditoriale d’un journal« .

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Arrêtez de critiquer les journaux, bon sang ! (source : Acrimed)
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Tout va bien.

Si en plus, on fait l’effort de se dire que ces milliardaires en question feront tout pour garder, voire accroître leurs privilèges, quitte à mettre l’éthique journalistique de coté, on peut alors aisément remettre en question le fonctionnement actuel de la presse.

Mais bon, peut-être que je n’ai rien compris, que je ne suis qu’un extrémiste fou qui ne fait pas le poids face aux experts télévisés et autres intellectuels tels que BHL. Alors vous n’avez qu’à gueuler « Populiste ! » ou « Complotiste !« , et retourner à vos occupations. Et dans ce cas, il n’y aucun lieu de s’inquiéter ou de se poser des questions. Tout va bien, la démocratie a gagné.

Vive Macron !

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